arpenter les paysages humainsNétonon Noël Ndjékéry est en résidence du 5 octobre au 3 décembre 2026.
"Mon père, qui était illettré, parlait le gambay et baragouinait le français de garnison. Il remuait beaucoup de frustrations, lui qui était couvert de décorations, mis à l’écart par des militaires moins gradés que lui ou remis à l’ordre par un curé s’il se mettait sur un des bancs pour Blancs à la messe.
Du côté africain de la garnison, nous vivions comme dans un village. A la veillée, autour du feu, les anciens racontaient l’esclavage. J’ai pris conscience très tôt que la traite des humains était une pratique enracinée à l’intérieur même de l’Afrique depuis des siècles et jusqu’à aujourd’hui."
photo @Joao Delgado
Né à Moundou au Tchad, il grandit dans un camp militaire français, un creuset où se brassent les cultures occidentale et subsaharienne. Nourri à la fois de savoir livresque et de la mémoire des griots, il se passionne très tôt pour l’écriture. Après des études supérieures de maths, il se spécialise en informatique et travaille pour différentes entreprises suisses. Depuis, il habite sur les rives du Léman, en Suisse.
Il débute sa carrière d’auteur avec une première nouvelle publiée par Radio-France Internationale. Il est l’auteur de plusieurs romans, dont Au petit bonheur la brousse, publié chez Hélice Hélas en 2019, Il n’y a pas d’arc-en-ciel au paradis en 2022 et La Fabrique du merveilleux en 2026 chez le même éditeur . En 2017, il reçoit le Grand Prix Littéraire National du Tchad pour l’ensemble de son œuvre. Depuis 2021, il se consacre entièrement à l’écriture.
BIBLIOGRAPHIE SÉLECTIVE :
La Fabrique du merveilleux, éd. Hélice Hélias, 2026
Il y a fort longtemps, dans la lointaine principauté de Lara, une jeune courtisane fait une ascension fulgurante auprès du monarque Laoula. Subjuguant la cour, évinçant les autres épouses, remplaçant les conseillers, la reine Poudoudou règne par la terreur et en quelques lunes seulement, son contrôle sur le royaume est absolu et indéniable.
Cependant, dans la forêt primordiale, des rêves à l’état brut sont fabriqués, prêts à être livrés aux humains. Les arbres et les animaux s’unissent à la divinité Sou pour concocter des rêves de liberté, chargés de couleurs, d’insolite et de magie. Ces rêves venus tout droit de Lony, le monde qui nous habite, prennent vie dans Lokissy, le monde que nous habitons. Guiliguili et Tipipi sauront en tirer parti pour renverser le tyran, éloigner les cauchemars et les ténèbres et améliorer la vie de tous. Mais que faire de ces rêves et du merveilleux une fois la paix et la prospérité revenues ?
À travers la fable, Nétonon Noël Ndjékéry propose une réflexion subtile sur la démocratie et son difficile maintien, mais aussi sur le Progrès et son usage raisonné. Un récit universel.
Il n’y a pas d’arc-en-ciel au paradis, éd. Hélice Hélias, 2022
Il n’y a pas d’arc-en-ciel au paradis est une plongée dans les horreurs de la traite négrière transsaharienne. Des caravanes en partance pour la péninsule arabique, en passant par la colonisation française, l’enrôlement des tirailleurs africains pendant la Première et la Deuxième Guerre mondiale jusqu’à l’essor du mouvement djihadiste Boko Haram, Nétonon Noël Ndjékéry met en récit deux cents ans d’histoire de la
privation de liberté et de l’exploitation humaine dans la région de l’actuel Tchad.
Le titre est une référence explicite aux différents programmes missionnaires qui promettaient et promettent toujours aux populations d’Afrique noire d’être « blanchies » en accédant à un paradis, soit-il celui des chrétiens ou des musulmans.
En porte-à-faux à ces programmes, l’auteur dresse le portrait d’une Afrique multiple, diversifiée dans ses croyances, ses arts du vivre ensemble, mais également dans celui de porter collectivement un projet et un récit de développement et d’émancipation. Sur une île mouvante du lac Tchad, l’auteur invente une société utopique : toutefois, le prix de cette utopie est celle d’un isolement et d’une dangereuse ignorance des affres de l’Histoire et du développement des Etat-nations africains actuels.
Au petit bonheur la brousse, éditions Hélice Hélias, 2019
A la croisée des idiomes et des accents, entre la Suisse et son idéal de blancheur et d’ordre, et le Tchad marqué par l’arbitraire d’une histoire postcoloniale « mal apprivoisée », l’auteur narre les aventures de Bendiman, un enfant tchadien ayant grandi à Genève et s’étant nourri des mythologies des bons petits Helvètes : Guillaume Tell, la Mère-Patrie, la Croix-Rouge, etc. Un soir, son diplomate de père est rappelé au Tchad avec toute la famille. A l’aéroport de Ndjamena, une voiture noire emporte ses parents tandis que lui se retrouve dans une bagnole conduite par un oncle. Il apprend le lendemain que son père et sa mère ont été arrêtés et mis au secret pour "raison d’Etat". Commence alors pour Bendiman une quête pour faire sortir ses parents de prison dans un pays qu’il ne connaît finalement pas, un pays en guerre civile et tourneboulé par un afflux massif de pétrodollars.
Ndjékéry livre un récit picaresque, plein de saveur entre les helvétismes et l’oralité des griots.
Sang de kola, éditions Harmattan, 1999
Chroniques tchadiennes, éditions Infolio, 2008
Mosso, éditions Infolio, 2011
La minute mongole, éditions La cheminante , 2014
L’angle mort du rêve, éd. La Contre Allée, 2024